Concours 2009



Une du bulletin de la Fondation pour la mémoire et la résistance. Sept. 2008

Le thème du concours 2009 « Les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi » soulève de nombreuses questions, à la fois sur un plan général et dans sa mise en œuvre dans le cadre du département.

Le thème désigne comme cadre le « système concentrationnaire nazi », sans tenir compte de la distinction désormais faite entre camps de concentration et camps d’extermination. Dans une brochure consacrée au concours de cette année, la Fondation pour la Mémoire de la Déportation considère que le thème inclut les camps d’extermination, et consacre donc une grande partie de ses développements et de ses exemples à la persécution raciale contre les Juifs et les Tziganes. Dans le cas de la France, environ 11 000 enfants juifs de moins de 16 ans furent déportés ; seuls quelques uns survécurent. Pour la plupart, ils furent exterminés dès leur arrivée. Pour ceux qui étaient considérés comme aptes au travail, ils se retrouvaient soumis au régime du système « concentrationnaire ».

 Il faut évoquer le sort particulier des enfants juifs, arrêtés en 1942, transférés dans les camps du Loiret, Pithiviers et Beaune-la-Rolande, et qui pour certains ont été séparés de leurs parents (voir le livre de Eric Conan, Sans oublier les enfants. Les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande, 16 juillet-16 septembre 1942, Paris, Bernard Grasset, 1991).

Sur cet aspect, les élèves de l’Yonne qui participeront au concours seront dans une situation difficile ; un seul cas, à notre connaissance, entre dans ce cadre, celui de Simon Igel. Ses parents ont été arrêtés lors de la rafle de juillet 1942, mais lui est arrêté plus tard, il est déporté dans le convoi n° 60 vers Auschwitz. Il est revenu, et vit toujours. L’emploi du terme « adolescents » pose également question, qu’il s’agisse de juifs ou de non-juifs. La même brochure définit les adolescents comme étant âgés de 14 à 17 ans révolus, tout en reconnaissant le caractère approximatif de cette définition. Il nous semble que cette définition est très décalée par rapport à la réalité de l’époque. Nous sommes entre 1940 et 1944. L’enseignement obligatoire dure jusqu’à 14 ans ; à partir de ce moment, les jeunes entrent dans la « vie active », dans la plupart des corps de métier, agriculture, bâtiment, industrie, de nombreux services. La proportion de ceux qui poursuivent des études est très faible. Á partir de cet âge, 14 ans, les jeunes s’inscrivent dans le monde des adultes ; le passage du monde de l’enfance à celui des adultes est assez rapide, et il n’existe pas cette phase que nous connaissons aujourd’hui.

Au demeurant, la brochure de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation le montre bien. Á la page 20, le document 13 dit : « Les adolescents français, comme d’autres nationalités, ne bénéficient d’aucune aide particulière : ils effectuent un travail tout aussi pénible, ne voient pas leur ration augmenter, et vivent dans les mêmes blocks que les adultes. » (Extrait de Cadot Adrien, Parcours et destins des jeunes déportés français rescapés de 13 à 18 ans ; étude d’un panel de 1 000 individus, mémoire de maîtrise, direction de J.Quellien, Université de Caen).

Dans l’Yonne, l’exemple de Jean Léger est significatif. Il est arrêté au lycée Jacques Amyot en novembre 1943 ; il a 17 ans. Il a connu le « système concentrationnaire nazi » comme tous les autres résistants déportés adultes. Il semble très difficile de placer Jean Léger dans une catégorie « adolescents », dont la situation aurait été particulière. Son récit, Petite chronique de l’Horreur Ordinaire est le récit de ce qu’a vécu un déporté au camp du Struthof, puis dans le Kommando d’Allach.

Au total, quand il est dit dans les commentaires accompagnant le sujet : « Les recherches des élèves pourront porter sur la situation de leur commune ou de leur département, en s’appuyant sur les archives municipales et départementales, etc. », cela nous semble bien difficile. Les cas sont bien peu nombreux, en dehors de Simon Igel et Jean Léger.

Il nous paraît regrettable que le thème choisi, même s’il permet des réflexions générales, ne donne guère la possibilité aux élèves de se confronter avec la réalité locale. Le texte dit bien « pourront » ; s’ils ne peuvent pas ? Enfin, il est indiqué dans les commentaires du thème : « On pourra prendre en compte l’évolution, dans l’après-guerre, du droit international et national dans le domaine de la protection de l’enfance. » Il s’agit d’un tout autre champ de réflexion, mais qui là aussi ne permettra pas facilement aux élèves de partir d’une réalité locale. Cet aspect nous semble essentiel. Les professeurs qui, motivés, encouragent leurs élèves à participer au concours auront cette année une tâche difficile.

Jean Rolley, article paru dans le bulletin anniversaire de l'Yonne-Mémoire, novembre 2008.

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