Le 8 août 1944 une quarantaine de bombardiers de la 435ème escadrille du 479ème groupe de combat de la 8ème US Air Force se préparent à une opération de bombardement en France. A midi le capitaine John Courtney décolle de la base de Wattisham d’Ipswich dans le Suffolk anglais à bord d’un Lockheed P-38 J Lightning, un bombardier léger et maniable qui permet de voler à très basse altitude. Il entraîne avec lui deux ailiers, les lieutenants William Pickering et Nelson Butler qui complètent sa formation. Le chef d’escadrille, le colonel Kyle Riddle, leur a donné pour mission de bombarder l’aérodrome de Dijon et de mitrailler au retour tout objectif militaire situé le long du canal de Bourgogne et de la Seine jusqu’à Melun.
Vers deux heures de l’après-midi John Courtney remonte la vallée de l’Armançon et prend pour cible un convoi allemand stationnant le long du canal aux environs de Roffey. Un tir de riposte, probablement une mitrailleuse lourde, enflamme l’appareil qui ne dispose pas de véritable blindage. L’appareil bifurque sur la droite au niveau de Flogny-la-Chapelle et perd de l’altitude au dessus de la Chapelle-Vieille-Forêt. Courtney heurte alors les peupliers de la route menant à Marolles et endommage son aile droite et ses hélices. Il largue sa verrière et s’éjecte, atterrissant dans un champ non loin de son avion qui flambe. L’un des deux ailiers survole le lieu du crash et retourne en Angleterre. Au total l’escadrille aura détruit une bonne centaine de wagons, plusieurs ponts et tunnels, quelques centres de triage et même un train d’artillerie lourde.
Le capitaine Courtney est sonné et il s’est blessé au menton avec la boucle de verrouillage de son parachute. Dans la ferme la plus proche, Mme Palvassier lui offre un verre d’eau-de-vie tandis qu’il lui confie sa tenue de survie. La population locale commence à affluer, le docteur Jean Camus et Yves-Marie Maison de la Chapelle et l’aubergiste Auguste Biessy et sa fille Gisèle de Charrey. Cette dernière pense à rassembler le parachute et se fait aider pour le jeter dans l’avion qui flambe. Le docteur Camus administre les premiers soins au blessé et l’abrite chez lui. Dans la soirée des Feldgendarmes viennent inspecter l’épave de l’avion et repartent après une courte enquête. Le lendemain Courtney est conduit chez Auguste Biessy où il reste jusqu’au 13 au matin. On lui a fourni des vêtements civils trop petits pour sa haute stature.
Le docteur Camus a entre-temps contacté le réseau Jean-Marie Buckmaster dont l’un des membres, Fradet, vient chercher l’aviateur, qui échappe de justesse au passage de la Gestapo, semble-t-il fortuit, à l’auberge de Charrey. Fradet le confie au groupe Chevreuil basé aux Courlis à Charbuy. Le 15 août le maquis rejoint le réseau Jean-Marie Buckmaster et libère Sommecaise et ses environs. Courtney est aux côtés des maquisards mais ne participe pas aux combats. Il est toujours en état de choc et on l’envoie d’ailleurs soigner sa blessure à l’infirmerie du château de Bontin. Roger Bardet qui vient d’installer son PC à Sommecaise entre en contact quelques jours plus tard avec le major Colby de l’équipe Jedburgh Bruce. Le 22 août il lui remet l’aviateur qui est conduit à Charny au QG de la 4ème division blindée du général Brown. Le 24 Courtney décolle de Laval pour rejoindre sa base. A son arrivée les services de renseignement l’expédient à Londres où il transmet une lettre d’une parachutiste anglaise, Peggy Night (« Nicolle ») qui était depuis quatre mois à Sommecaise et où elle explique à son père son engagement.
Le capitaine John J. Courtney est retourné aux Etats-Unis pour suivre une carrière d’enseignant. Il vit encore en Floride et a y été retrouvé il y a une dizaine d’années par Claude Rougerie.
Sources : Archives privées de Mme Blot et de M. Lallier. Témoignage de Mme Jacqueline Blot née Biessy (2003). Témoignage de Fernand Lallier (2003). Rougerie Claude, Un épisode de la libération en Tonnerrois, Bulletin annuel de la Société d’archéologie et d’histoire du Tonnerrois, n°46, p. 55. L’Yonne Républicaine, 25 août 1994.
Frédéric Gand (Extrait du cédérom, La Résistance dans l'Yonne, AERI, 2004).