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Le thème du concours de la Résistance et de la Déportation 2008 est celui-ci : « L’aide aux personnes persécutées et pourchassées en France pendant la seconde guerre mondiale : une forme de résistance.
Ce thème peut être l’occasion de réfléchir, entre autres, sur les aspects suivants de la résistance : prisonniers de guerre évadés, aviateurs alliés en fuite, résistants pourchassés ou souhaitant poursuivre le combat hors de métropole, étrangers réfugiés, juifs, tziganes, francs-maçons, réfractaires au STO…ont été aidés par de nombreux Français. Ces sauveteurs, qui ont souvent payé de leur vie des gestes essentiels de solidarité et d’humanité, venaient de tous les horizons, avec des motivations diverses, et n’appartenaient pas forcément à un mouvement ou à un réseau organisé.
Les recherches des élèves pourront porter sur des témoignages locaux recueillis ou lus. Il leur reviendra de présenter les formes d’actions prises par cette résistance et d’analyser les valeurs qui sous-tendent de tels actes. » Le thème choisi cette année nous semble important ; il met en effet l’accent sur une réalité souvent méconnue de ces années de guerre. Les sabotages, les actions des maquis, surtout en 1944, ont été mises en avant, les combattants glorifiés ; mais sont souvent restés dans l’ombre des gens dont le rôle a été essentiel, sans lesquels la résistance n’aurait guère été possible, tout simplement.
L’exemple du résistant Robert Loffroy l’illustre : s’il a pu échapper à la répression, c’est largement parce qu’il a changé de domicile en 1944 presque tous les jours et qu’il a trouvé à chaque fois une « planque ». De la même façon, des juifs réfugiés dans le département, surtout des enfants, ont été cachés ; ceci n’a pas été évoqué pendant longtemps. C’est seulement depuis moins de dix ans que cette réalité est connue . D’autres cas, nombreux, d’aide sont répertoriés dans l’Yonne, que ce soit des prisonniers de guerre, des aviateurs alliés, des réfractaires, etc . Il faut cependant préciser qu’il ne s’agit pas toujours de « gestes de solidarité et d’humanité ». La formule convient pour le sauvetage des enfants juifs, mais l’hébergement d’un résistant comme Robert Loffroy en toute connaissance de cause est un acte de résistance. Une question demeure cependant.
Le thème, et les commentaires qui l’accompagnent, tranchent sur un point toujours en débat : qui qualifier de « résistant » ? Qu’est-ce que la « résistance » ? D’un côté la Résistance est définie d’une façon assez restrictive, elle relève d’une « action organisée » aussi bien dans son organisation que dans ses formes de lutte. Est considéré comme résistante toute action décidée et mise en œuvre par une organisation, que ce soit de la propagande, des sabotages, des manifestations, des attentats, etc. Cette approche est aujourd’hui considérée par beaucoup comme trop restrictive . D’un autre côté, est mise en avant l’idée d’une résistance beaucoup plus large ; J. Semelin écrit : « Quand, à travers un pays, des milliers de personnes acceptent, sans s’être donné le mot, de cacher des aviateurs rescapés, des résistants pourchassés, des juifs recherchés, des réfractaires en cavale, n’est-ce pas une démonstration concrète de résistance spontanée, l’indicateur objectif d’une authentique résistance civile de masse, c’est-à-dire d’une société civile en état de résistance ? N’est-ce pas alors, à partir de l’été 1943, le tableau souterrain d’une autre France que celle de Vichy, de cette France résistante qui, dans les villes et les campagnes, exprime de plus en plus clairement son refus de la collaboration et de l’occupation ? » En réalité, nous ne pouvons pas opposer une approche à l’autre. La Résistance dans sa définition la plus large englobe la Résistance dans sa définition plus restrictive. Mais une deuxième question se pose alors : jusqu’où l’aide apportée aux pourchassés et persécutés peut-elle être considérée comme un engagement résistant ? Il valait mieux pour des résistants être hébergés par quelqu’un qui n’était pas repéré, pas engagé ; de façon paradoxale, peut-on aller jusqu’à dire que les résistants avaient besoin de l’aide de gens qui n’étaient pas résistants ?
Ces deux approches sont pertinentes, mais elles ont leurs limites. L’une est restrictive, se réduisant à sa dimension organisée, l’autre risque de diluer la résistance dans la société. Cela est si vrai que pour l’aide aux juifs a été créée la définition de « Juste ». Il nous semble plus adapté de les considérer comme complémentaires.
Toutes ces actions formaient bien un tout : elles faisaient toutes courir le risque de l’arrestation et de la déportation.
Jean Rolley (Extrait de l'Yonne-Mémoire n° 19, décembre 2007)
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