15 mai 1944, attaque du maquis Bourgogne

Début mai 1944, le maquis Bourgogne créé et commandé par Henri Mittay est fort d’une vingtaine d’hommes et installé depuis trois mois dans les bois, près du hameau de la Grange-aux-Malades, sur la commune des Bordes. Il a à son actif plusieurs sabotages sur la voie ferrée PLM, ainsi que l’exécution de quelques collaborateurs. Mais l’indiscipline continue à régner dans le groupe. Les maquisards courent les bals clandestins et Mittay recrute sans précaution aucune. Les multiples remarques des divers responsables de l’état-major départemental des FTP qui se sont succédés au maquis n’y ont rien changé. Aussi est-il décidé de transférer ce maquis dans l’Avallonnais et d’éloigner ainsi les maquisards de leur environnement. Mittay refuse d’obéir à cet ordre. Il quitte le maquis avec sa femme et quelques compagnons qui lui restent attachés et va s’installer dans une maison abandonnée du hameau de Fort Jacquet, près de Bérulle, dans l’Aube. Il est abattu par des agents de la Gestapo, le 24 mai 1944 à Arces.

La majorité des maquisards choisit d’obéir. Ils quittent la Grange-aux-Malades et vont provisoirement s’installer dans les bois du Chapitre, sur la commune de Dixmont. C’est Georges Pinet (« Jeannot »), commissaire technique régional des FTP, présent au maquis, qui est chargé de l’opération de transfert. Le matin du 15 mai 1944, « Jeannot » part avec trois maquisards armés de revolvers pour réquisitionner un camion sur la route nationale 6. Voyant arriver une grosse voiture à gazogène conduite par un Français, ils l’arrêtent sous la menace de leurs armes. La voiture transporte des soldats allemands qui ouvrent immédiatement le feu sur les quatre maquisards. Le témoignage de Ferruccio Ricco propose une autre version des faits : les maquisards auraient été dénoncés par un cafetier qui les avait entendu parler de leurs projets et en aurait immédiatement prévenu les Allemands. Pierre Guillot est tué, Raymond Baudoin est grièvement blessé. Il est fait prisonnier ainsi que Jean Delaporte et « Jeannot ». « Jeannot » était, selon le témoignage de Robert Loffroy, « un garçon plein d’allant, qui en maintes circonstances avait fait preuve de son courage. Le malheur c’est que cette guerre durait trop longtemps et qu’il avait vingt ans. Dès son arrestation, il craquait. » Les Allemands surent ainsi très vite où était le maquis.

Au bois du Chapitre, en cet après-midi du 15 mai 1944, les maquisards sont inquiets : « Jeannot » et ses compagnons qui devaient être rentrés à midi ne sont pas revenus. Constantino Simo (« Castagne ») a donné l’ordre de préparer l’évacuation du camp. Il est 16h quand Adrien Frassetto, de garde, aperçoit les soldats allemands. Arrivés dans deux cars, ils ont monté la route de Val Profonde, puis un chemin qui conduit au bois. L’alerte est à peine donnée que déjà c’est l’attaque. Maurice Baudoin, le frère de Raymond, lance quelques grenades, ce qui laisse un peu de temps aux maquisards pour se replier. André Dussault est mortellement blessé. Sur lui, l’ennemi trouve une photographie qui permet l’arrestation quelques jours plus tard d’Henri Bernard, du groupe des sédentaires de Libération-Nord de Villeneuve-sur-Yonne. L’aviateur anglais Jack Marsden qui est caché au maquis depuis quelques temps est blessé d’une balle dans la tête. Comme il s’agit d’un militaire, les Allemands le conduisent à l’hôpital de Sens.

Les maquisards décrochent en toute hâte. Adrien Frassetto reste accroché dans un buisson de genêts, échappant de peu à l’arrestation. Les rescapés de ce maquis se divisent alors en deux groupes. Les uns retournent à la Grange-aux-Malades. Ils y sont rejoints par les hommes qui avaient suivi Mittay à Fort Jacquet, après la mort de celui-ci. C’est ce groupe qui passe par la suite sous le contrôle du Service National Maquis en gardant le nom de Bourgogne (National Maquis 6). Les autres rejoignent avec « Castagne », Adrien Frassetto et Maurice Baudoin le maquis Boigegrain installé aux Clérimois. L’aviateur Marsden fut enlevé de l’hôpital de Sens par un groupe de sédentaires FTP, le 12 juin 1944. Laissé sans soin, Raymond Baudoin semblait ne pas devoir survivre à ses blessures. C’est sans doute ce qui explique qu’il fut laissé en vie. A la Libération d’Auxerre, il fut hospitalisé et dut être amputé de sa jambe gangrenée. Son frère fut massacré par les Allemands le 1er juillet 1944, près de Saint-Sérotin. Georges Pinet fut condamné à mort par un tribunal militaire allemand et fusillé le 1er juillet 1944 à Venoy, près d’Auxerre, avec son compagnon de maquis, Jean Delaporte.

Sources : Témoignage de Constantino Simo (1997). Témoignage d’Adrien Frassetto (2002). Loffroy Robert, Souvenirs de guerre, manuscrit inédit.

Joël Drogland

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