10 mai 1943, 1er soldat allemand abattu

Le mardi 11 mai 1943, dans l’après-midi, des policiers de Joigny et d’Auxerre (dont le commissaire spécial René Grégoire et l’inspecteur Crette) enquêtent sur les mystérieuses tentatives d’agression qui ont été commises la veille au soir contre la personne de Maurice Pandolfi. Celui-ci, collaborateur notoire, chef de section du PPF exploite la ferme de Beauregard, près de la route Joigny-Dixmont, à l’entrée de la Forêt d’Othe. Au cours des recherches effectuées aux alentours de la ferme, les policiers ont la surprise de découvrir le cadavre d’un soldat allemand couché dans un fossé proche de la route, à quelques centaines de mètres de là. Il a été tué de plusieurs balles de revolver et on lui a dérobé son arme, ses papiers et le ravitaillement qu’il transportait. En fouillant les environs et en perquisitionnant dans des cabanes proches du lieu du meurtre, Grégoire et Crette arrêtent un jeune homme de 19 ans, Pierre Piart, qui vit en marginal dans la forêt.

Conduit à Joigny et interrogé par la police française, Piart aurait avoué (selon les rapports des policiers français et du préfet) être l’auteur des tentatives d’agression contre Pandolfi et du meurtre du soldat allemand. Il aurait tué ce soldat, qui revenait de fermes voisines et se dirigeait en vélo vers Joigny, vers 21 heures, pour le dévaliser. Puis il se serait dirigé vers la ferme de Pandolfi pour se venger de celui-ci, car Piart avait été condamné en juillet 1940 par le tribunal de Joigny pour un vol commis à la ferme de Beauregard. Là, il aurait dressé une sorte d’embuscade en tendant trois fils de fer tressés en travers de la route : lorsque Pandolfi est arrivé en auto vers 22h et s’est heurté à cet obstacle, Piart n’a pas osé tirer et s’est enfui. Mais revenu aux abords de la ferme vers 23h 15, il aurait tiré alors quatre coups de feu sur Pandolfi, sans l’atteindre. Bien que les recherches approfondies pour retrouver le fusil de guerre, que Piart affirme avoir trouvé dans la forêt et dont il se serait servi, soient restées vaines, la police française ne cherche pas plus loin : Piart est incarcéré le 14 mai à la prison d’Auxerre et fusillé à Egriselles le 1er juin 1943 pour le meurtre du soldat allemand. Or, bien après la Libération, des maquisards du maquis Vauban ont revendiqué ce meurtre. Le maquis Vauban, regroupant une demi-douzaine d’hommes à cette époque s’était installé depuis peu en forêt d’Othe. Selon leurs témoignages, transmis par Robert Loffroy, ils auraient reçu mission d’exécuter Pandolfi. Ayant raté cette mission, le 10 mai au soir, ils auraient rencontré sur le chemin du retour un soldat allemand en vélo qui, intrigué par la présence de ces hommes à cette heure tardive à cet endroit, les aurait interpellés. Les maquisards l’auraient alors abattu à coups de revolver puis lui auraient pris son arme (un Mauser 9 mm), ses papiers et ses provisions. Cette version comporte cependant un certain nombre d’imprécisions et même d’invraisemblances. En particulier on comprend mal que les hommes du maquis Vauban n’aient pas profité de l’arrêt de la voiture de Pandolfi, vers 22h, pour le tuer. Or aucun coup de feu n’a été tiré à ce moment-là. On pourrait donc avancer les hypothèses suivantes : ce sont bien les hommes du Vauban qui ont tué, le 10 mai vers 20 ou 21h, le soldat allemand. En effet le revolver Mauser 9 mm pris sur l’Allemand a été confisqué par Grégoire lors de l’arrestation de trois membres du Vauban par les gendarmes de Brienon en juin 1943. Par contre il serait vraisemblable que ce soit Pierre Piart qui, alerté par les coups de feu (et qui a peut-être discuté avec les maquisards du Vauban ?) ait décidé de passer à l’action contre Pandolfi et de tendre une embuscade assez dérisoire contre lui. Cette tentative ayant échoué, vers 22h, il aurait fait environ une heure plus tard, vers 23h 15 une nouvelle tentative plus poussée (quatre coups de feu tirés) mais manquée également.

Piart a donc été condamné et exécuté pour un meurtre qu’il n’a pas commis. Les policiers le savaient-ils ? Ont-ils fabriqué les « aveux » de Piart ? D’après Robert Loffroy, ils auraient, à la demande des édiles joviniens chargé volontairement Piart pour faire croire aux Allemands qu’il s’agissait d’un crime de rôdeur, et non d’un acte de résistance, et ce dans le but d’éviter tout risque de représailles ou de sanctions contre la population de Joigny. Maurice Pandolfi est exécuté par un groupe de résistants, le 15 janvier 1944.

Sources : ADY, 1 W 100 (rapport de gendarmerie). Témoignage de Roger Levon, membre du maquis Vauban, recueilli en 1993 et rapporté par Robert Loffroy.

Claude Delasselle

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