27 avril 1942, crash d'un avion britannique

Dans la nuit du 27 au 28 avril 1942, un avion britannique s'abat sur la commune de Châtel-Censoir, au sud-ouest du département de l’Yonne. Le branle-bas de combat général est déclenché à la Kreiskommandantur d'Avallon, à la gendarmerie et à la sous-préfecture Le sous-préfet Maurice Vincent participe directement aux opérations : « Ce mardi 28 avril j'ai été alerté vers 5h30 par le lieutenant Fontaine (…) Rendu sur place, j'ai pu constater qu'un avion était tombé à 1500 m de la ferme de Charmois, au lieudit les « quatre anges ». Il ne restait de l'appareil qu'une masse de ferraille calcinée (…) J'ai reconnu une seule hélice à trois pales, une quantité importante de bandes de mitrailleuses garnies, une mitrailleuse, des fusées éclairantes jaunes et rouges intactes (…) Une aile de l'avion avait été projetée en avant et les réservoirs d'essence étaient encore remplis de carburant, un gant d'aviateur intact, un siège, de nombreuses bouteilles en acier ainsi que de nombreux tracts rédigés en allemand (…) Une recherche minutieuse ne nous a fait découvrir aucun débris humain.» Le rapport du lieutenant Fontaine, rédigé le lendemain, apporte quelques précisions : « les ailes, les hélices, un moteur sur les deux que possédait l'appareil étaient séparés et épars ». Maurice Vincent ajoute: « les débris ont été laissés à la garde de soldats allemands arrivés quarante-cinq minutes après nous sur les lieux. Le commandant (de gendarmerie) Fortin, en résidence à Auxerre, est venu également. De nombreux habitants déclarent avoir entendu plusieurs avions (…) L'un d'eux volait très bas et semblait en difficulté. M. Gourlot de la ferme de Charmois s'est levé et a vu un avion volant très bas survoler sa ferme entouré d'un panache de fumée quelques secondes avant la chute dans ses terres.» S'organise alors une vaste traque. Des instructions téléphoniques sont données à toutes les brigades du département et à celles de la Nièvre proche. Des patrouilles sont lancées, les voitures arrêtées et visitées, des avertissements donnés aux gardes et aux exploitants forestiers (le secteur est très boisé). Le sous-préfet ajoute : « nous avons été averti qu'un des aviateurs avait été aperçu à Montillot mais s'était enfui (…) J'ai prévenu en passant les maires d'avoir à mettre en garde les populations contre les imprudences.»

Quelques mois plus tôt, en effet, la Kommandantur d'Avallon avait fait publier dans la presse locale et afficher un avis des autorités allemandes daté du 14 juillet 1941 et ainsi libellé : « Il est rappelé que quiconque favorisera la fuite de membres d'équipages d'avions britanniques ou tentera seulement de le faire ou leur apportera une aide quelconque sera immédiatement traduit devant un conseil de guerre allemand et puni de mort.» Le sous-préfet revenu à Avallon complète le dispositif en organisant avec le commissaire de police la surveillance continue des hôtels, des départs d'autobus et de trains. Des patrouilles en moto quadrillent le secteur de Montillot et tout le personnel de la brigade de gendarmerie d'Avallon est envoyé en camion pour renforcer les brigades de Vézelay et de Châtel-Censoir. Deux battues sont effectuées dans les bois de Montillot et des Vaux Lannes ; les coupes de bois, les baraques de bûcherons et de charbonniers sont visitées scrupuleusement ainsi que les fermes. La population est sollicitée et une battue est également effectuée par des habitants de Montillot, au nombre de 20 environ, sous la direction du garde forestier. Tout ce remue-ménage n'aboutit qu'à un demi-succès : « j'ai été informé qu'un aviateur recherché (blessé), mais qui n'est pas celui vu à Montillot, a été appréhendé sur la commune de Mailly-la-Ville et remis à la Feldgendarmerie d'Avallon ». Une enquête serrée menée à Montillot et sur internet par M. André Buet (ingénieur civil en aéronautique) permet aujourd'hui de lever le voile sur cet épisode. Le 27 avril, un Wellington du 304 Squadron du Bomber command britannique, immatriculé NZ-B-W 5627, piloté par Julian Morawski, est touché par la Flak allemande lors d'un raid de bombardement sur Cologne. L'équipage était composé de cinq aviateurs polonais dont trois ont sauté en parachute avant que l'appareil ne s'écrase près de Châtel-Censoir. Le second fugitif, blessé, s'est lui-même livré pour recevoir des soins. Il aurait été hospitalisé à Avallon et, malgré la surveillance, aurait pu s'évader grâce à l’aide d'une infirmière religieuse. Le fugitif de Montillot était le pilote, Julian Morawski, né le 23 décembre 1913. Localisé lors de la battue, Julian Morawski a été rejoint par Charles Savelly, puis guidé par Jean Antoni et Paul Moreau jusqu'au hameau de Charbonnière où il fut hébergé pendant une semaine par la famille Tremeau avant d'être remis en gare de Sermizelles à un résistant avallonnais, qui devait selon toute probabilité appartenir au réseau de l'abbé Ferrand Les cinq membres de l'équipage ont tous pu s'évader et regagner la Grande-Bretagne, après un internement en Espagne au camp de Miranda. Après son retour en Angleterre en août 1942, Julian Morawski a servi dans le 307 Squadron (chasse de nuit) d'octobre 1942 à mai 1943. Le 11 mai 1943, il est passé au Special Duties 138 Squadron de la RAF, chargé de larguer du matériel et des agents à la Résistance. Julian Morawski est mort le 13 juillet 1943 aux commandes de son Halifax abattu à basse altitude lors d'une mission en Normandie.

Sources : ADY, 119 W 19402 (instructions des autorités d'occupation et correspondance avec la sous-préfecture) et 119 W 19405 (rapports du sous-préfet d’Avallon).
Témoignages de Pierre Guttin, Henri Desgranges et Paul Moreau. Témoignage de Julian Morawski recueilli, en anglais, par Paulette Rouget, institutrice à Montillot.

Michel Baudot

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