Jean Léger résistant déporté

Jean Léger au lycée Jacques Amyot (Archives privées de J. Léger)
Jean Léger quelques années après son retour de déportation (A privées de J. Léger)

Jean Léger est né le 5 avril 1925 à La Chapelle-sur-Oreuse où ses parents résident. Elève à l'Ecole normale d'instituteurs d'Auxerre, il diffuse des tracts et écrits antinazis que lui procure un camarade de promotion, Delaporte, qui est en liaison avec une organisation nivernaise de résistance. Dans son village, Jean Léger a pour camarade Roger Rondeau, avec lequel il est allé jusqu’en troisième à l’Ecole primaire supérieure de Sens. En 1943, celui-ci lui fait part des activités de résistance de son père, Alfred Rondeau. Il accepte d’y participer ; le Service civique rural justifie sa présence à la ferme d‘Alfred Rondeau, au hameau de Hollard. A la suite d’un parachutage, un dépôt d’armes avait été constitué en mai 1943 dans les carrières de Michery. Les responsables en étaient Marc Bizot et Bernard Furet, ami et camarade de promotion de Jean Léger. Avec Roger Rondeau, Maurice Berdou, G. et L. Brûlé, Jean Léger transporte des armes du dépôt de Michery, à la ferme de Hollard, puis les cache dans une maison du village appartenant à la famille Rondeau. Il en distribue à d’autres résistants de la même organisation et porte des explosifs chez Bernard Furet. « Rien de sensationnel donc, mais je revendique à mon crédit que je fais ce qu’on me demande, que le peu que je fais, je le fais entièrement volontairement, et je le fais à une époque où la Libération n’est pas encore en vue et où les arrestations ravagent les réseaux de la région » écrit-il dans le livre qu’il publie en 1998.

Le 22 septembre 1943, quand les Allemands investissent la ferme d'Alfred Rondeau, il vient de quitter la ferme et regagne le village par un petit chemin direct que les habitants de La Chapelle appellent « Le chemin des écoliers ». Il n'apprend l'arrestation d’Alfred Rondeau que le lendemain matin. Aussitôt, avec l'aide d'un maçon du village, M. Decheron, il procède à l'enlèvement des armes déposées dans la maison de La Chapelle et les jette dans les sources du lavoir. Doit-il fuir ? Souhaitant continuer ses études et craignant que son père (qui est invalide de guerre) ne soit arrêté à sa place, il décide de regagner l'Ecole normale.

Le 25 novembre 1943, deux membres de la Gestapo viennent l'arrêter au lycée Jacques Amyot où avaient alors lieu les cours. Le soir, le proviseur fait un rapport à l’Inspecteur d’Académie : « ce matin vers 10h, les autorités d’occupation ont procédé dans l’enceinte du lycée, à l’arrestation du jeune Jean Léger (…) Le motif de l’arrestation semble être le suivant : participation à des actes terroristes pendant les dernières grandes vacances. Menottes aux poignets, l’élève a été emmené à la Gendarmerie allemande ». Deux jours plus tôt, deux arrestations ont eu lieu à La Chapelle-sur-Oreuse, celles de Jean Pignon et de sa femme Marie. Retraité des PTT, Jean Pignon était un ami d’A. Rondeau. Les Allemands agissent sur dénonciation et recherchent les armes. Il est vraisemblable que Jean Léger ait été victime de la même dénonciation. Deux personnes seront encore arrêtées au village le 6 décembre, M. Berlin, et l’instituteur M. Boudier. Jea Léger est ramené à Sens et interrogé à l'Hôtel de Paris sur l'affaire Rondeau, à propos de laquelle il nie toute participation. Vers le 15 décembre, il est transféré à la prison d'Auxerre. Dans sa cellule il fait la connaissance de Jorge Semprun qui a été arrêté à Joigny et qui évoque Jean Léger dans son roman Le grand voyage, sous l'appellation « le gars de la Forêt d'Othe ». A la mi-février il est conduit à la prison parisienne du Cherche-Midi où il reste deux semaines.

L'étape suivante le conduit au camp de concentration du Struthof où il retrouve le docteur Ragot et le docteur de Larebeyrette. Au Struthof, au Kommando de Kochem, à Dachau, au Kommando d'Allach, Jean Léger vit l'enfer de la déportation. Rien ne lui est épargné : les travaux démentiels du tunnel de Kochem, la construction de la route d’accès au Struthof, le froid terrible de janvier 1944 au Kommando d’Allach…

Il est aux portes de la mort quand il est libéré et doit rester hospitalisé en Allemagne pour y soigner sa tuberculose. Pour tenter de recommencer à vivre, il s'envole pour l'Afrique noire où il reste près de trente ans. Il est durant vingt ans, responsable du personnel dans une exploitation de bois dans la forêt équatoriale, puis chargé des relations publiques dans l’aviation de brousse.

De retour en France il milite à la FNDIR et à l' ANACR au sein desquelles il exerce des responsabilités départementales. Il se dépense beaucoup pour aller témoigner dans les collèges et les lycées. En 1998 il publie sous le titre Petite chronique de l'horreur ordinaire, un ouvrage qui est un récit et une analyse de son expérience concentrationnaire.

Sources : ADY, 1 W 24, 1 W 151 et 1130 W 39 (dossier Jean Pignon). Témoignage de Jean Léger (1997).

Joël Drogland

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