L'Yonne sous les bombes

L’Yonne a subi lors de l’invasion allemande de juin 1940 des bombardements aériens et des mitraillages touchant une quinzaine de localités.

Dans la première quinzaine de juin, ce sont les gares et installations ferroviaires qui sont visées : le 5 juin, un bombardement sur la gare de Tonnerre fait quatre morts et 18 blessés. Si la gare d’Auxerre ne subit, le 8, que des dégâts légers, par contre ce même jour un bombardement beaucoup plus grave touche la gare de Sens, faisant 14 morts, de nombreux blessés et causant des dégâts très importants aux installations ferroviaires et aux quartiers voisins.

Après quelques jours de relative accalmie, de nouvelles attaques se produisent le 15 juin, lorsque les troupes allemandes envahissent le département par le nord. Elles précédent de quelques heures l’arrivée de l’ennemi et en préparent l’avancée, en attaquant les nombreux détachements de l’armée française qui se replient en désordre vers la Loire, mêlés de façon inextricable aux nombreuses personnes fuyant vers le sud, ce qui explique le grand nombre de victimes civiles. Vers 5 heures du matin, une première vague d’avions allemands survole et bombarde plusieurs localités situées le long de la vallée de l’Yonne. A Pont-sur-Yonne, on relève plus de 50 morts ; à Joigny le bilan est de 22 morts. Vers 9 heures du matin sont attaquées deux localités situées au nord-ouest de Sens, Villethierry et Vallery, où l’on dénombre dix victimes. Un peu plus tard des bombardements visent le pont de Champigny-sur-Yonne et font de nombreuses victimes civiles et militaires. C’est vers 11 heures que se produisent les bombardements les plus intenses et les plus meurtriers sur plusieurs villages et villes du département, de façon quasi-simultanée, ce qui laisse à penser qu’elles sont le fait de plusieurs escadrilles opérant en même temps. Plusieurs villages du nord du département, Chéroy, Jouy, Montacher, Saint-Valérien sont touchés par ces attaques qui font au total une trentaine de victimes parmi les civils et les militaires.

Ce sont surtout plusieurs villes situées au centre du département qui sont attaquées entre 11 heures et 11 heures 15 par des escadrilles allemandes. A Aillant-sur-Tholon, les bombardements sur la ville encombrée de militaires et de civils font plusieurs morts parmi les militaires et une victime civile. A Auxerre, une escadrille allemande mitraille et bombarde en plusieurs endroits (quartier du Pont, route de Clamecy) faisant au total 219 morts, dont 113 civils, 83 militaires et 23 morts non identifiés, et laissant le quartier du Pont en ruines. A Toucy, on déplore au moins 75 morts et de nombreux blessés. A Chablis, dont la place centrale est en flammes, on relève plus de 100 morts. Tonnerre est de nouveau bombardé vers 16 heures, avec un bilan de 73 morts. Des trains subissent également des attaques aériennes, dans le Sénonais et le Tonnerrois, ce qui provoque aussi une catastrophe ferroviaire près de Ravières, faisant une trentaine de victimes. Enfin les avions allemands ont mitraillé pendant cette terrible journée de nombreuses routes encombrées de civils, réfugiés du Nord de la France ou Icaunais fuyant en Exode, mêlés à des militaires, dans l’Aillantais, la Puisaye, l’Auxerrois, etc, faisant un nombre de morts et de blessés important mais difficile à évaluer avec précision.

Le bilan de ces attaques aériennes est finalement très lourd : on peut l’évaluer à au moins 930 morts, parmi lesquels 190 militaires et 740 civils, dont 513 habitants de l’Yonne et 227 personnes de passage.

Sources : Delasselle Claude, Juin 1940 : l’Yonne sous les bombes, Yonne Mémoire, n° 6, mai 2001. Roche José, L’Yonne dans la Seconde Guerre mondiale : invasion (juin 1940) et libération (juin-septembre 1944), mémoire de maîtrise sous la direction de M. Wolikow, Université de Bourgogne, 1998, 124 pages. L’Informateur auxerrois, juillet 1940.

Claude Delasselle

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