12 février 1942 : à Sens, les Allemands démontent et emportent la statue du baron Thénard

 

Les réquisitions de toute nature ont été très importantes dans le département de l’Yonne durant les quatre années d’occupation. Les Allemands s’emploient à récupérer partout ce qui peut servir à leur armée, en particulier les métaux. Le gouvernement de Vichy participe à cet effort dans le cadre de la politique de collaboration, en créant l’impôt métal.

Dans un premier temps, les Allemands récupèrent les stocks constitués pendant la « drôle de guerre », période au cours de laquelle le gouvernement avait invité la population à contribuer à l’effort de la défense nationale en déposant tout ce qui pouvait servir à la métallurgie, en particulier les ustensiles de cuisine. La population répondit à l’appel et des tas furent constitués, dans l’attente d’un transfert vers les fonderies. A Sens, le métal s’amoncela pendant plusieurs mois et ne fut pas enlevé. L’occupation venue, les Allemands s’en emparèrent.

La guerre n’ayant pas été gagnée aussi vite qu’ils l’auraient souhaité, les Allemands accrurent leur exploitation des pays conquis et cherchèrent avec plus d’avidité encore le métal à récupérer, s’intéressant alors aux statues monumentales et aux cloches.

Sens ne perdit pas les cloches de ses monuments mais la seule statue monumentale que possédait la ville fut dirigée vers la fonderie. Il s’agissait de la figure en pied du baron Thénard, dressée en 1861 sur l’actuelle place de l’Hôtel de Ville. Elle représentait Jacques Thénard, chimiste né à La Louptière (Aube) et ancien élève du collège de Sens et avait été érigée grâce à une souscription publique ouverte par la ville de Sens en 1859. Le monument conçu par l’architecte Rupricht Robert se composait d’un socle en pierre surmonté d’une statue en bronze fondue par Victor Thiébault d’après un modèle du sculpteur J.-A. Droz.

 

Le 12 février 1942, quelques ouvriers requis dressent un échafaudage et une grue, attachent des cordes autour de la statue, la font basculer et glisser jusqu’au plateau d’un camion. Les Sénonais assistent silencieux à l’enlèvement de la statue. Louis et Denis Cailleaux auxquels nous empruntons ce récit observent que « certains ressentaient un curieux sentiment mêlé de déception et de satisfaction : la statue qu’enlevaient les Allemands était creuse ! La déception était grande, car on croyait que le monument érigé par souscription publique, était fait d’une masse de bronze lourde et compacte. La satisfaction était que l’occupant ne pourrait pas tirer grand chose du baron. »

Le socle de pierre de la statue resta seul au milieu de la place, entouré de sa grille jusqu’à la Libération. Un projet d’érection d’une nouvelle statue en pierre fut vite abandonné. On jeta les pierres du soubassement dans l’Yonne. Ce n’est que récemment, avec le concours de la Société archéologique de Sens, que le socle a été remonté au cours Tarbé.

Sources : Cailleaux Louis et Denis, Sens de la Belle Epoque à la Libération, Aubenas, éditions Amatteis, 1995, 254 p. Dodet Etienne, La statue du baron Thénard, Bulletin de la Société archéologique de Sens, n° 29, 1986, p.60.

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