20 juin 1944 : les combats de Saint-Mards-en-Othe et le massacre de la Rue Chèvre

Archives privées Ricco

 

Implanté dans le département de l’Aube, à la limite du département de l’Yonne, le puissant maquis de Saint-Mards-en-Othe est attaqué le 20 juin et de terribles représailles touchent la population civile d’un petit hameau situé dans le département de l’Yonne.

La création du maquis de Saint-Mards s’explique par la volonté de l’état-major national du BOA d’assurer la sécurité d’un important site de parachutage. Trois terrains ont été homologués autour de Saint-Mards-en-Othe, aux marges de l’Yonne : celui de la Lisière des Bois, à quatre kms au sud-est de Saint-Mards, celui du Champion, à deux kms au nord-est et celui de Vaucouard, à deux kms au nord-ouest. Ce dernier terrain, qui a pour nom « Cherry » est situé dans l’Yonne. Alors que les deux autres ont pour destination de recevoir des hommes, il doit lui recevoir des armes.

Le maquis BOA est installé sur un mamelon boisé ; les hommes sont logés dans une douzaine de petits abris, cabanes aménagées avec des bâches et des ramures. Deux cabanes de chasse ont été démontées, transportées et remontées au maquis. « Francoeur », responsable aubois du BOA et Marcel Baudiot en sont les chefs. Le maquis a servi de refuge à des maquisards FTP attaqués ou menacés de l’être : maquis de Rigny-la-Nonneuse le 14 juin, maquis de Suy, le 19 juin. Les effectifs ont très fortement augmenté : ce sont près de 300 hommes qui sont installés dans les bois de Saint-Mards. Parmi eux quelques Icaunais, dont Daniel Cortel de Joigny et le couple Dié, demeurant au hameau de Francoeur, près de Sormery.

Dans la nuit du 19 au 20 juin, des troupes allemandes prennent position dans le Pays d’Othe. Ils sont environ un millier d’hommes : garnisons de la Wehrmacht de Troyes, Sens et Saint-Florentin, un régiment de sécurité, le Sicherheitsregiment 199, cantonné à Troyes, quelques éléments de l’infanterie de marine de l’Alarmheit 35 A, l’Ostbataillon 615, composé de Russes et d’Ukrainiens habitués à la répression des maquis. La Gestapo troyenne et ses agents français (Marcel Pigné, « l’homme au chapeau vert ») a préparé l’opération. Les hommes sont transportés dans des camions non bâchés avec plate-formes. Ils sont bien équipés : canon de 27, obusiers, mortiers, véhicules blindés légers, side-cars.

Le 20 juin à quatre heures du matin, plusieurs villages de l’Aube et de l’Yonne sont encerclés et investis. Trois maquisards sont arrêtés au hameau de la Coudre, dans l’Yonne. Ils seront déportés. Les installations du maquis de Suy, que les hommes avaient abandonnées la veille, sont détruites. L’ennemi connaît l’emplacement du maquis de Saint-Mards et ses forces. Les voies d’accès sont bloquées et l’attaque se fait sur trois fronts. Les premières escarmouches se produisent à 6 h 30 ; l’attaque principale a lieu à 8 h 45. Les combats se déroulent toute la matinée dans la forêt. La majorité des maquisards réussit à se replier et à échapper à l’encerclement. En fin d’après-midi, les installations du maquis sont occupées et détruites.

27 maquisards sont tués et massacrés, la plupart sont horriblement mutilés (émasculation, énucléation…). Les morts allemands sont de l’ordre d’une quinzaine et autant de blessés. Les chefs du maquis font savoir à ceux qui ne sont ni réfractaires, ni recherchés antérieurement qu’ils peuvent regagner leur domicile s’ils possèdent des papiers en règle. Cette invitation se révéla maladroite puisque nombre d’entre eux, ne sachant où aller, se réfugièrent dans leurs familles où ils furent traqués par la gestapo et les délateurs à son service.

Le décrochage des maquisards s’effectue avec des fortunes diverses. « Francoeur » et son PC du BOA se replient sur Saint-Florentin. Un groupe, sous les ordres du capitaine Dié arrive au hameau de la Rue Chèvre, sur la commune de Sormery. Robert Dié a été instituteur au hameau de Francoeur avant la guerre ; il connaît bien la région et est très lié avec de nombreux cultivateurs. Il passe donc à la ferme de Marcel Mathieu qui ravitaillait le maquis et dont le domicile servait de boîte à lettres. Mais il a été suivi par les Allemands qui investissent la ferme. Les maquisards parviennent à s’échapper.

Les habitants de la ferme sont brutalisés et sommés de fournir des renseignements. Le fermier, Marcel Mathieu (47 ans et père de sept enfants) et son fils Maurice (19 ans) sont fusillés au bord de la route ainsi qu’Henri Bourgoin (« Micky », 24 ans), un ami de Maurice Mathieu. La ferme Mathieu est incendiée le 23 juin, jour où les Allemands investissent Chailley et attaquent le maquis Horteur.

 

Sources : Archives privées de Robert Loffroy (dossiers des FTP morts au combat ou déportés). Touffu Sébastien, le maquis de Saint-Mards-en-Othe, mémoire de maîtrise, Université de Bourgogne, 1997.

 

Joël Drogland

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