2 mars 1944 : arrestation de trois responsables FTP sur la route de Bassou

le 2 mars 1944 sur la route entre Bassou et Villemer, trois responsables FTP sont arrêtés par les Allemands.

 

Le 2 mars 1944 en fin de matinée, en pleine campagne, sur la petite route qui mène de Bassou à Villemer, un malheureux concours de circonstances frappe l’état-major des FTP. Cet événement est une illustration des aléas, des difficultés et des dangers de la vie du résistant clandestin.

Paul Dubois (« Charlot »), responsable des Jeunesses communistes depuis le début de 1943 a donné rendez-vous à Robert Loffroy (« Bernard »), recruteur régional des FTP, clandestin depuis cinq semaines, avec lequel il travaille en liaison étroite. « Charlot » doit quitter le département et il tient absolument à rencontrer Robert Loffroy en compagnie de ses deux jeunes et nouveaux adjoints.

Roger Doiret n’a pas encore vingt ans ; Serge Sens les a depuis quelques mois. Cousins, tous deux natifs d’Issy-les-Moulineaux, ouvriers, membres des Jeunesses communistes, ils ont dû quitter la banlieue parisienne (Serge Sens a fait plusieurs de mois de prison à la Santé) et passer dans la clandestinité. Dans la région de Charny, depuis mai-juin 1943, ils ont participé aux activités du groupe Minard de la Fourchotte : sabotage de lignes téléphoniques et électriques, lutte contre les réquisitions. Début février 1944, ils ont été nommés adjoints au recruteur régional avec pour objectif d’intensifier le recrutement des FTP dans le Sénonais et la forêt d’Othe d’une part, en Puisaye d’autre part.

« Au jour fixé, le matin, je tombai en panne de bicyclette » raconte R. Loffroy, « J’avais un nouveau vélo, récupéré quelques jours auparavant chez un collaborateur. C’était une belle bicyclette avec le changement de vitesse dans le moyeu de la roue, quelque chose de très compliqué ». Malgré le savoir-faire d’Emile et de Roland Blondeau, garagistes à Brienon qui réussissent à réparer, malgré les efforts surhumains qu’il déploie pour pédaler sur une route encore enneigée, R. Loffroy a plus d’une heure de retard.

« Nous respections toujours une règle de sécurité qui voulait que lors des rendez-vous nous n’attendions jamais plus de dix minutes la personne qui devait être rencontrée ». Mais « Charlot » veut absolument rencontrer « Bernard », la route est déserte, l’endroit tranquille. Les trois hommes discutent et le temps passe. Brusquement surgit une voiture occupée par des Allemands qui viennent de chercher du ravitaillement chez un cultivateur de Villemer. La présence de trois jeunes hommes en un endroit isolé leur paraît suspecte. Ils s’arrêtent brutalement et se précipitent sur eux. Les documents que porte « Charlot » ne leur laissent aucun doute sur son appartenance à la Résistance. Les garçons sont poussés dans la voiture sur laquelle sont hissées les bicyclettes. A cet instant précis, à trois cents mètres de la, R. Loffroy approche, essoufflé sur ses pédales. Il aperçoit la scène, s’arrête et fait demi tour.

Les interrogatoires font craquer « Charlot » qui donne les noms de quelques camarades avant de se ressaisir. Déporté à Buchenwald, il en revint et put raconter les faits à R. Loffroy qui en rend compte dans ses mémoires.

Serge Sens et Robert Doiret furent déportés à Neuengamme. Affecté aux usines Hermann Goering de Wattenstadt, Serge Sens y mourut le 3 mars 1945, un an exactement après son arrestation. Roger Doiret fit partie des déportés que les Allemands entassèrent dans les cales du Cap Arcona avant de le faire passer pour un transport de troupes et de le faire couler par l’aviation alliée au large de Lübeck.

Ces arrestations désorganisèrent le service du recrutement des FTP. Robert Loffroy explique par la disparition de « Charlot » et de Serge Sens la faible implantation des FTP en Puisaye durant le printemps et l ‘été 1944.

« Des rendez-vous par centaines que j’ai été appelé à assurer dans la clandestinité, je n’en ai manqué que deux, dont celui de la route de Bassou » écrit R. Loffroy, « Une question qui n’aura jamais de réponse hante toujours mon esprit : ce retard porte-t-il la responsabilité de la chute de mes trois camarades ou alors la chance peu croyable qui me suivait était-elle aussi ce matin là avec moi, m’évitant de partager la tragique destinée de mes compagnons ».

 

Sources : Archives privées de Robert Loffroy (dossiers des FTP morts au combat ou déportés). Loffroy Robert, Mémoires de guerre, manuscrit inédit.

 

Joël Drogland

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