PETIT GUIDE DE PRÉPARATION AU CNRD (par l’ARORY)


Thème de 2016 « Résister par l’art et la littérature »

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1. Conseils aux enseignants

    Le sujet est séduisant mais comporte quelques difficultés sur lesquelles il faut attirer l’attention des élèves. Ce texte essaie déjà de faire le point sur les thèmes à étudier. Il s’efforce aussi de vous donner des pistes d’études locales qui sont toujours valorisées par le jury. S’y ajoute un guide-élève, sous forme de questionnaire mené à partir de la brochure de la Lettre de la fondation de la Résistance. C’est une manière simple et relativement rapide d’assimiler le sujet. Les élèves (plutôt de lycée) peuvent ainsi conduire ce travail en autonomie avant de mener des recherches ultérieures.
    La brochure de la Fondation de la Résistance, livre une solide approche du sujet. Elle est consultable en ligne et renvoie à d’autres sites, riches de précieux documents iconographiques.
www.fondationresistance.org/catalogue/index.html

    Peuvent s’y ajouter parmi d’autres :
-Le musée de la Résistance en ligne
www.museedelaresistanceenligne.org
-Le Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz
 http://www.cercleshoah.org/spip.php?article457
-Le mémorial de la Shoah
www.fondationshoah.org/FMS/CNRD-2015-2016-Resister-par-l-art
-Le réseau Canopé
https://www.reseau-canope.fr/cnrd/


A. Les aspects du sujet.

Les conditions et le contexte.
    Le sujet n’apporte pas de précision géographique et envisage donc tous les lieux où cette forme de « résistance culturelle » s’est manifestée (la France et ses zones, l’Alsace, l’empire colonial français, les Antilles, l’univers concentrationnaire allemand..). Une rapide mais solide présentation de ces lieux de résistance ne peut que faciliter la compréhension. La situation matérielle imposée par l’Occupant (restrictions de papier, services de propagande allemand ou vichyste, contrôle des médias, brouillage des ondes..) est une autre clé de compréhension.

Qu’entendre par « Résister » ?
    « Résister » c’est d’abord appartenir à la Résistance. Les résistants, qui sont membres d’une organisation de résistance, luttent contre la propagande nazie et vichyste, à l’aide de tracts, journaux, revues… Résister c’est mener une contre-propagande auprès de l’opinion publique, submergée par les thématiques allemandes et vichystes.
Ces résistants sont dans une situation très difficile car ils doivent faire face à la pénurie de matériel (papier, pigments, toiles ;.) et braver les interdits culturels ; ils continuent souvent à travailler dans un journal, un théâtre …qui obéit à la censure mais participent parallèlement à des entreprises clandestines. C’est le cas du sculpteur René Iché, de Jean Fautrier ou de Max Le Verrier qui mettent leur atelier ou leur domicile au service de la Résistance. Ces artistes risquent leur vie et certains sont arrêtés et déportés. La situation n’est pas exactement la même entre la zone occupée et la zone libre, tout du moins jusqu’en 1942.
    La Résistance n’est pas circonscrite à la France métropolitaine. À Londres la France libre, agissant comme un gouvernement en exil (à Londres puis à Alger), s’est dotée d’organismes d’État comme le Commissariat à l’instruction et disposant d’un réseau culturel (Comités de Gaulle.. ). La France républicaine et ses valeurs humanistes sont ainsi défendues à travers des revues et des publications ( « La France libre »..).  Les résistants qui gagnent Londres peuvent participer à cette propagande gaulliste sur les ondes de la BBC (spectacles sonores, chants, sketchs..). D’autres écrivent ou publient dans des revues éditées à l’étranger (« Lettres françaises » à Buenos Aires).
    Enfin les services de propagande alliés parachutent des tracts et des journaux (« L’Amérique en guerre ») contenant dessins, textes et chansons.

Résister dans les camps
    Le mot « résister » est aussi à envisager dans le champ clos des prisons et des camps. Il s’agit alors pour le résistant soit détenu en France dans une prison ou un camp d’internement, soit déporté dans un camp allemand, de poursuivre la lutte. Privé de son organisation, il peut parfois en retrouver une sur place. Sans être forcément résistants, d’autres catégories de détenus comme les déportés raciaux, se sont retrouvés à leurs côtés et dans les mêmes conditions. La Résistance est d’un autre ordre.
    Les productions artistiques et littéraires sont beaucoup plus difficiles à réaliser dans des prisons ou des camps et correspondent à des formes de résistance différentes. Elles  reflètent d’abord une volonté de tenir et de survivre. Dans l’univers déshumanisant des camps, leurs auteurs proclament leur l’humanité. Ils laissent aussi derrière eux, souvent caché, leur dernier témoignage de l’horreur, livré à la postérité, Ces réalisations sont aussi le résultat d’une solidarité commune et d’une entraide collective.

Actes de résistance
    Le sujet englobe aussi une gradation de « comportements résistants », à mesurer en fonction de la prise de risque de leurs auteurs dans la France occupée. Ceux-ci n’appartiennent pas à une organisation de Résistance :
-exposition d’œuvres d’art dit généré
-représentations interdites : concerts, pièce de théâtre, chansons..
-publication d’auteurs interdits.
-publication de poésie de contrebande
-création individuelle de textes ou d’œuvres d’art engagés.
    Dans tous ces cas, il convient de distinguer entre les œuvres simplement contestataires et celles qui combattent un ennemi désigné. Il y a des degrés dans l’art engagé.

Qu’entendre par « l’art et la littérature » ?
    Trois difficultés se posent d’emblée pour délimiter les catégories artistiques et les œuvres à étudier.
    Un premier problème se pose quand il s’agit d’exclure les disciplines qui ne sont pas de l’art et de la littérature. Les articles de presse, les tracts, les films documentaires ou les photographies ne sont pas à proprement à classer dans l’art let la littérature car ce sont des médias de communication, supports d’une information. Ils peuvent toutefois utiliser des procédés littéraires et artistiques, que l’on songe aux tracts et aux journaux clandestins.
    Le second problème est le critère d’identification de l’art et de la littérature. Les productions artistiques ne sont pas seulement celles des écrivains et des artistes reconnus. Des résistants, des prisonniers, des déportés, des anonymes ont créé pour résister sans être des artistes professionnels. Un journal intime ou une peinture doivent-ils être éliminés sous prétexte qu’ils ne sont pas passés par un circuit officiel, marchand ou professionnel ?
    La dernière difficulté est celle de la date de publication de l’œuvre, qui a pu être postérieure à la date de création. Le recueil poétique « Seuls demeurent » de René Char ou l’œuvre « Leben ? oder Theater » de Charlotte Salomon, réalisés sous l’Occupation ont été publiés après la Libération.  Sont-ils à exclure du sujet ?
    Dans ces trois cas, il n’existe pas de règle mais des indicateurs. Le contexte de création et les intentions de l’auteur, mêlant art et idéologie, sont à retenir.

La question de l’art engagé
    Les productions littéraires et artistiques « résistantes » forment un aspect majeur du sujet. Des écrivains et des artistes se sont organisés pour lutter contre la propagande et l’ordre établi par l’ennemi et Vichy.(« Lettres françaises », « Éditions de Minuit », « L’art français »….). C’est un art résistant. Ce sont donc des œuvres de riposte et de contre-propagande qui défendent des valeurs humanistes et républicaines et qui stigmatisent l’idéologie nazie et vichyste. Ces entreprises constituent aussi une attitude de défi. La publication d’auteurs proscrits ou d’écrivains patriotes est un refus de se soumettre à la censure (Lorca, Hugo..).
    Il existe pourtant d’autres formes d’engagement mais qui paraissent moins évidentes. Il y a d’abord la création individuelle de tous ceux qui, sans objectif de publication, ont cherché par l’écriture et l’art à transcender leur quotidien, dans un maquis, dans un bagne ou un camp. Que l’on songe à René Char, Joseph Steib ou David Olere. Il a donc eu des artistes qui sont devenus résistants mais l’inverse est également vrai.
    Certains artistes ont aussi manifesté un refus de l’ordre établi, mais sans engagement résistant, comme Picasso ou Dubuffet. Leur acte de résistance est à envisager. Il sera toutefois bienvenu de les distinguer des artistes engagés, sans oublier de rappeler que d’autres artistes avaient plus ou moins adhéré à l’idéologie allemande ou vichyste tels Belmondo, Cocteau, Derain, Vlaminck ou Van Dongen, dont la participation au voyage à Berlin organisée par l’ambassade allemande, a servi la propagande ennemie.

La persécution et la répression.
    Il n’est pas inutile en dernier lieu de s’attarder un peu sur le cas des artistes qui ont souffert, parfois jusqu’à la mort (Robert Desnos), au nom de leur engagement culturel. Leur répression est une preuve que l’art et la littérature étaient bien considérés comme des armes de combat.


B. Des pistes d’études locales
    Les résistants locaux qui ont mené une résistance par l’art ou la littérature, ou qui peuvent en parler, sont malheureusement peu nombreux. François Solano du maquis 3, habitant actuellement Saint-Sauveur a mené de pair son activité clandestine et une activité culturelle sous l’Occupation.
    Dans le domaine littéraire Jean Puissant, résistant de Villeneuve-sur-Yonne, déporté à Buchenwald y fit des conférences sur la poésie. Il rappelle dans son ouvrage que durant les interminables appels du camp son roman « faisait l’objet de commentaires. Le jeune Onillon s’intéressait vivement à l’intrigue ». Jean Puissant deviendra d’ailleurs écrivain après la guerre. Il serait également possible d’étudier la vie de l’écrivain de Saint-Sauveur, Colette, à cette époque.



2. GUIDE-ELÈVE DE PRÉPARATION AU CONCOURS À PARTIR DE LA BROCHURE DE LA LETTRE DE LA FONDATION DE LA RESISTANCE

    Voici un questionnaire qui vous aidera à assimiler le sujet dans tous ses aspects.

1. Les conditions de la création : quels obstacles doivent affronter les résistants pour s’exprimer ?

Page 5

  1. Après la défaite française en juin 1940 puis la naissance du régime de Vichy le 10 juillet 1940, que devient la France (zones, Alsace, empire colonial…)
  2. Quelles catégories de créateurs sont menacées par les nouvelles autorités allemande et française ? Pourquoi ?
  3. Comment les autorités allemandes exercent-elles la censure ?
  4. Qu’est-ce que la liste Otto ?
  5. Quel est l’objectif des Allemands en matière culturelle ?
  6. Comment, dans la zone sud, le régime de Vichy exerce-t-il la censure ?
  7. Le gouvernement de Vichy a-t-il le même objectif culturel que les Allemands ? Expliquez.
  8. Pourquoi la majorité des artistes continue-t-elle à travailler et à publier légalement des œuvres malgré la censure ?


2. La France libre  et sa politique culturelle : comment De Gaulle cherche-t-il à défendre les valeurs humanistes françaises ?

Pages 19-20

  1. Qu’est ce que la France libre ? Quel est son objectif culturel ? Contre qui ?
  2. Quels organismes gouvernementaux, et avec quelles missions, De Gaulle crée-t-il pour l’atteindre ? Donnez des exemples.
  3. Quels intellectuels soutiennent la France libre ?
  4. Quelles revues, et dans quels pays, naissent en liaison avec la France libre ?
  5. Comment la France libre utilise-t-elle les arts plastiques pour contrer la propagande de Vichy et des Allemands ?
  6. Quels emblèmes adopte-t-elle ? Pourquoi ?


3. Les résistants de la France occupée et l’écriture : comment est utilisée la littérature ?  

Page 6

  1. Que sont les « tracts littéraires » et pourquoi les résistants citent-ils des écrivains ?
  2. Donnez des exemples de « jeux littéraires ».
  3. Quel est l’intérêt, aux yeux des résistants, d’utiliser la parodie, le pastiche ou l’humour dans leurs écrits ?

Page 7

  1. Qu’est ce que la presse clandestine et sous quelles formes paraît-elle ? Vous pouvez trouver des exemples sur le site « gallica.bnf.fr ».
  2. Quelle difficulté de publication rencontre-t-elle ?
  3. Quel est l’objectif de cette presse?
  4. Pourquoi les résistants utilisent-ils les chants patriotiques dans cette presse clandestine ?
  5. Comment les résistants utilisent-ils des modèles littéraires (ouvrages, auteurs, citations…) appris à l’école ?
  6. Les écrivains cités peuvent-ils être vivants ? Justifiez.
  7. Comment et pourquoi les résistants utilisent ils le pastiche ? Donnez des exemples.


4. Les écrivains de la France occupée et la Résistance : quels écrivains rejoignent la Résistance ?

Page 8

  1. Comment est fondé le « Comité national des écrivains » (CNE) et par qui ?
  2. Quel est son objectif ?
  3. Que sont « Les lettres françaises », « Les Etoiles » ?
  4. Quelles initiatives les écrivains lancent-ils hors de du CNE ?

Page 9

  1. Quelle revue littéraire est autorisée par les Allemands en zone occupée ?
  2. Quelles revues littéraires s’y opposent en zone sud ? Quels écrivains et éditeurs les animent ?
  3. Qu’est-ce que la « poésie de contrebande » et quel est son théoricien ?
  4. Quelle littérature et quels écrivains défendent ces revues ?
  5. Quel est l’autre objectif poursuivi par ces revues vis-à-vis des écrivains ? A-t-il réussi ?

Pages 10-11

  1. Résumer l’aventure des « Éditions de minuit »
  2. Quel fut le destin du « Silence de la mer » de Vercors
  3. Quel fut l’itinéraire d’Édith Thomas ?

Page 12

  1. Quelle anthologie poétique a vu le jour grâce au poète Paul Éluard ?
  2. En quoi cette entreprise est une œuvre commune de la Résistance ?
  3. Racontez le destin de son poème « Liberté ».


5. Les artistes de la France occupée et la Résistance : comment mobilisent-ils leur art ?

Pages 13-14

  1. Quels artistes et quels marchands d’art ont, sans appartenir à la Résistance, maintenu leur « art dégénéré « malgré la censure ?
  2. Qu’est ce que l’album « Vaincre » et qui est André Fougeron ?
  3. En quoi cette œuvre est-elle une forme d’art engagé ?
  4. René Iché était-il un artiste engagé ?
  5. Que symbolise sa sculpture intitulée « La Déchirée » ? Que deviendra-t-elle ?

Page 15

  1. Comment le dessin est-il utilisé par les résistants et les alliés dans leurs tracts ? Donnez des exemples.
  2. Quel rôle a joué le dessinateur Calvo ?

Page 16

  1. Comment les musiciens ont-ils résisté : concert, publication clandestine, œuvre musicale » ?


6. Écrivains et artistes de la France libre: comment se mobilisent-ils depuis l’étranger ?

Pages 21et 24

  1. Qui est Georges Bernanos et quel a été son rôle ?
  2. Qui est Joseph Kessel et quel a été son rôle ?
  3. Qui est Antoine de Saint-Exupéry ? Pourquoi son récit « Pilote de guerre » est il édité clandestinement ? De quoi devient-il le symbole ?
  4. Qui est François Garbit ? En quoi sont récit, pastiche d’une chronique médiévale, est-il une forme de résistance ?

Pages 22 à 24

  1. Comment les acteurs français se sont-ils mobilisés à l’étranger ?
  2. Quelle a été l’importance des spectacles sonores français de la BBC à Londres ? Pourquoi ce succès ?
  3. Citez des émissions et des noms. Quels types d’artistes s’y sont retrouvés ?
  4. Quelles types de créations étaient relayées sur les ondes (chants, parodies…) ?
  5. Quel fut l’importance du « Chant des partisans » ?


7. La création, un dérivatif de l’action clandestine : comment proscrits et résistants ont-ils créé pour exorciser leur quotidien ?

Page 17

  1. Qui est Charlotte Salomon et dans quelles conditions a-t-elle vécu?? Quelle a été son œuvre créative et quelle en est l’originalité ?
  2. Qui est Joseph Steib et dans quelles conditions a-t-il vécu ? Quelle a été son œuvre créative et quelle en est l’originalité ?
  3. Qui est Jean Fautrier et dans quelles conditions a-t-il vécu ? Quelle a été son œuvre créative et quelle en est l’originalité ?

Page 18

  1. Quelle est l’originalité du travail du maquisard Jacques Barré ?
  2. Que sont devenus les poèmes du maquisard Alexandre alias René Char ?
  3. Quelle relation le résistant Jean Moulin entretenait-il avec le monde de l’art ?


8. La création dans les prisons et les camps français, un témoignage pour survivre à l’enfermement : comment tenir et survivre ?

Page 25 à 26

  1. Pourquoi les artistes dessinent-ils et dans quel but ? Citez des exemples.
  2. Comment la poésie a-t-elle aidé des résistants à survivre ? Citez des exemples.

Pages 26 à 27

  1. Que sont les camps d’internement français ? Quelles est la particularité du camp de Compiègne, du camp de Drancy ?
  2. Quelles actions culturelles ont lieu au camp de Compiègne ? Citer des noms.
  3. Quelles actions culturelles ont lieu au camp de Drancy ? Citer des noms.
  4. Quel fut le sort des œuvres produites dans ces camps pendant et après la guerre ?


9. La création dans l’univers concentrationnaire allemand, un témoignage pour garder son humanité : comment survivre au désespoir ?


Pages 28 à 31

  1. Qui est Micheline Maurel ? Quelle fut son activité et dans quel but ?
  2. Qui est Jean Daligaut? Quelle fut son activité et dans quel but ?
  3. Qui est GermaineTillion ? Quelle fut son activité et dans quel but ?
  4. Montrez à l’aide d’exemples individuels comment la création fut, entre autres à Dora, à Buchenwald ou à Auschwitz, un témoignage ultime de l’horreur avant la mort.
  5. Montrez comment et pourquoi ces activités artistiques furent souvent des entreprises collectives. Citez des exemples.






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