Les premiers chemins de la Résistance dans l'Yonne

L’inauguration des premiers chemins de la Résistance dans l’Yonne

 

 

       L'ARORY aura vécu un bel été 2012 ! En effet, en partenariat avec le Conseil général et les collectivités locales (1), notre association a eu le plaisir d'inaugurer les premiers chemins de la Résistance. La première inauguration eut lieu le 7 juillet à Aillant-sur-Tholon et concernait la réalisation de six chemins de randonnées menant sur les lieux des maquis de l'Aillantais et du Charnycois. La deuxième fut organisée le 29 septembre aux Bordes en forêt d'Othe où trois sentiers permettent désormais aux randonneurs de mettre leurs pas dans ceux qu’empruntèrent les hommes des deux maquis Bourgogne en 1944. La mise en service de ces nouveaux circuits de randonnée est évidemment trop récente pour que l'on puisse déjà en dresser le bilan. Nous souhaitons aujourd’hui exposer l’origine de cette initiative, les grandes lignes de la réalisation du projet et les perspectives qu’il semble possible d’envisager.

 

 

A l’origine, deux projets

 

 

       Le premier ouvrage de l’ARORY s’intitulait Sur les Chemins de l’Histoire et du Souvenir. Diffusé en 1993, il proposait un recensement des monuments, plaques et stèles érigés  dans l’Yonne depuis la Libération. Cet ouvrage était en quelque sorte la préfiguration des sentiers que nous avons tracés afin de conduire les randonneurs sur les lieux de la Résistance. Le projet s’est précisé à l’occasion de promenades faites par les membres de l'équipe de recherche de l'ARORY (2), chaque été, dans le département, sur les lieux emblématiques des actions de la Résistance (parachutages, combats et maquis). Mais il a fallu que notre collègue et ami Jean-Luc Prieur, chercheur-collectionneur très impliqué dans la mémoire de la Résistance, prenne des initiatives concrètes pour que l’idée des circuits de randonnées sur les lieux de maquis  se concrétise. Il suggéra aux maires des Bordes et de Dixmont de créer ce type de sentier sur les territoires de leurs communes et nous montra tout l’intérêt du projet en prenant l’exemple des chemins créés par l’AHVOL dans le Gâtinais (3).

 

       En juin 2010, nous décidions donc de travailler sur un premier projet de chemins de la Résistance dans l’Aillantais et le Charnycois où eut lieu, en juillet 1943, un des premiers parachutages de l’Yonne et où plusieurs maquis s’illustrèrent au cours des combats de la libération, en 1944. Les conseillers généraux Mrs W. Lemaire et M. Courtois acceptèrent immédiatement de soutenir ce projet, conscients qu’ils œuvraient sur des territoires profondément marqués par la mémoire de la Résistance, comme en témoigne le nombre important de stèles et plaques qui jalonnent les routes et chemins de ce secteur du département. En septembre 2010, un comité de pilotage (4) fut constitué. Thierry Roblin en assura la coordination. Il fallut tout d’abord estimer le coût financier d’une telle entreprise, puis réfléchir au tracé des parcours de randonnées et enfin rédiger les textes des panneaux et dépliants. Tout ne fut pas simple ! Plusieurs mois furent nécessaires pour mettre au point des circuits attractifs et ensuite trouver un terrain d’entente pour que le Comité de randonnée pédestre de l’Yonne accepte de baliser ces chemins. Des tracas administratifs inhérents au fait qu’il n’est pas simple de financer un projet situé sur deux cantons ont aussi quelque peu freiné l’avancée du projet mais au final, à force de persévérance, ces chemins ont pu voir le jour au bout de deux ans.

 

       Au printemps 2009, les municipalités des Bordes et de Dixmont inauguraient des plaques à la mémoire des maquis Bourgogne (maquis FTP Bourgogne fondé par Henri Mittay puis Maquis 6 du Service national maquis qui reprit le nom de « Bourgogne »). A cette occasion eurent lieu diverses manifestations : cérémonies de commémoration et d’inauguration, exposition, conférence, intervention de Joël Drogland auprès des élèves des deux écoles primaires) qui furent suivies par une nombreuse assistance (5). Jean-Luc Prieur reprit alors son idée de sentiers qui reçut pleine approbation des deux municipalités. Un comité se constitua réunissant, autour des deux maires, des conseillers municipaux, Jean-Luc Prieur, des randonneurs de Dixmont créateurs de sentiers balisés dans leur village, des représentants de l’ARORY, de la Fédération française de randonnée pédestre et quelques autres bonnes volontés (6). Les tâches furent partagées et les responsables de chacune d’elle rendirent compte de l’avancement de leur mission lors de réunions plénières qui eurent lieu au cours de ces deux ans. L’ARORY fut plus particulièrement chargée de réaliser le contenu des neufs panneaux qu’il avait été décidé de placer aux départs (Les Bordes et Dixmont) et sur le trajet des trois sentiers longs de 20, 9 et 7 kilomètres. Joël Drogland rédigea un premier texte qui fut relu, critiqué et corrigé par Jean-Luc Prieur, Jean-Louis Paquet et Georges Ribeill. Il s’agissait de proposer un texte qui ne noie pas le randonneur-lecteur dans d’inutiles détails et qui lui permette d’appréhender concrètement les réalités de la résistance armée dans la région. C’est dans cet esprit que Joël Drogland rédigea les textes définitifs. Les textes et les illustrations (difficiles à trouver) furent approuvés en réunion plénière.

 

       Dans les deux cas le balisage des sentiers a été assuré par la Fédération française de randonnée pédestre, ce qui est un gage de qualité.

 

 

Tourisme historique et tourisme mémoriel ?

 

       Ces circuits de randonnée proposent de découvrir une page de l'histoire locale. Ainsi des panneaux (7) ont été posés au départ de chaque itinéraire, en ce qui concerne les sentiers de l’Aillantais et du Charnycois, tout au long des itinéraires en ce qui concerne les sentiers de la forêt d’Othe. Ces panneaux exposent l’intérêt historique du lieu à découvrir. Par exemple, à propos de tel ou tel maquis actif dans une région, le randonneur pourra lire des explications sur l’origine du maquis, sur ses actions et sur la vie des maquisards. Illustrés de cartes et de photographies, les panneaux ont été conçus pour inviter les promeneurs à emprunter ces chemins de la Résistance.

       Des dépliants proposent également des cartes et des descriptifs des itinéraires ainsi que des informations historiques complémentaires concernant les monuments situés à proximité du parcours de randonnée (du moins pour ce qui concerne les sentiers de l’Aillantais et du Charnycois).

       Dans un proche avenir, il sera certainement possible de disposer ces informations sur un smartphone, le Conseil général de l’Yonne testant actuellement une application de ce type.

       Ces sentiers sont d’abord des sentiers de promenade et de randonnée qui suivent des itinéraires agréables et offrent de jolis points de vue. Mais ce sont aussi des sentiers de mémoire et d’histoire qui, nous l’espérons, permettront de contribuer à la connaissance de l’histoire de la Résistance et des maquis de l’Yonne, tout en rendant hommage à ceux qui ont combattu pour la Libération.

 

 

Les perspectives des chemins de la Résistance

 

       L’inauguration des chemins ne sonne pas la fin du travail de l’ARORY dans ce domaine. Il faut que ces sentiers vivent, qu’ils soient empruntés par le plus grand nombre, bref qu’ils fassent partie du paysage local. C’est pourquoi les comités de   pilotage se sont  transformés en comité de suivi. Il est en effet nécessaire de veiller à l’entretien de ces chemins et au bon état du balisage. Il serait aussi pertinent d’organiser à l’avenir des rando-conférences, ce qui suppose d’établir un rapprochement avec les associations de randonneurs locales. Dans le cadre de la découverte du patrimoine historique local et de l’apprentissage à la citoyenneté, il serait également souhaitable que ces chemins soient exploités par les enseignants, nous nous proposons d’ailleurs de les accompagner dans leur démarche.

       Plus ambitieux, pourquoi ne pas organiser, sur un des circuits, une randonnée dont le but serait d’assister à un spectacle mettant en scène des comédiens jouant le rôle de maquisards ? Tout est envisageable ! L’ARORY ne s’arrêtera donc pas « en si bon chemin » car les idées ne manquent pas pour pérenniser et développer ces premiers chemins de la Résistance. Espérons que ces parcours de randonnée sur les lieux de la Résistance de l’Aillantais, du Charnycois et de la forêt d’Othe soient le début d’une longue série dans notre département !

 

Thierry Roblin et Joël Drogland

 

 

 Notes :

1. Il s'agit des communautés de communes de l'Aillantais, du Charnycois et des communes des Bordes et de Dixmont.

2. M. Baudot, C. Delasselle, J. Drogland, F. Gand,  A. Fouanon, J.C. Pers,  T. Roblin, J. Rolley.

3. Depuis 1994, l’Association pour l’Aménagement Harmonieux des Vallées de l’Orvanne et du Lunain propose neuf circuits de randonnée permettant de découvrir les principaux  maquis du Gâtinais, région située  à la lisière de l’Yonne, de la Seine- et-Marne et du Loiret.

4. Au nombre de sept, ce comité de pilotage était constitué majoritairement d’élus locaux : W. Lemaire, M. Courtois, B. Fauvernay (maire de Poilly-sur-Tholon, responsable du tourisme au sein de la communauté de communes de l’Aillantais), R. Poirier (maire de Marchais Beton, membre du comité de randonnée pédestre de l’Yonne), de D. Ruty (maire de Grandchamp), de G. Lauzeray (président de l’office du tourisme d’Aillant-sur-Tholon) et de T. Roblin pour l’ARORY.

5. Nous avons rendu compte de ces manifestations dans un article de notre bulletin : La mémoire des maquis Bourgogne, Yonne-Mémoire n°22.

6. Les membres du comité de pilotage étaient les suivants : Marc Botin, maire de Dixmont et François Grebot, maire des Bordes, Jean-Luc Prieur (AMMRY et ARORY) , Joël Drogland (ARORY), Claude Hauer et Alain Préau, conseillers municipaux, Jean-Claude Pierret, réalisateur du dépliant et conseiller municipal, Christian et Nicolle Gouessant, Marinette et Christian Nicolle, créateurs de sentiers balisés accompagnés de dépliants sur le territoire de Dixmont, Michel Jannot, membre de l’ARORY et de la Fédération française de randonnée pédestre. George Ribeill a participé aux premières réunions. Jean-Louis Paquet a participé aux relectures correctives du texte des panneaux.

7. Le graphiste Frédéric Joffre, qui travaille avec l’ARORY depuis de nombreuses années, a assuré la mise en page de l’ensemble des panneaux.

 

 

 

 

Annexe 1.  Descriptif des 6 chemins de Résistance dans l’Aillantais-Charnycois

 

Ces chemins sont au nombre de six et représentent près de 80 km. Ils sont de longueur inégale, le plus court faisant 8 kms et le plus long 21.

 

Chemin 1.  Le PC du réseau Jean-Marie Buckmaster. La Petite-Ermite (mai-juin 1944)

Cet itinéraire vous entraînera sur les traces d’une des plus importantes organisations de résistance de l’Yonne, le réseau Jean-Marie Buckmaster, qui installa son poste de commandement fin mai 1944 vers Perreux. L’emplacement du PC se situait exactement au lieudit la Petite-Ermite, dans une ferme qui aujourd’hui n’existe plus. Le PC fut pris d’assaut par un important détachement de soldats allemands le 25 juin 1944.

 

Départ de la randonnée : voir le panneau situé devant la boulangerie à Perreux (distance 10 km). Balisage de couleur jaune uniquement dans le sens de la progression.

 

 

Chemin 2. Le maquis de l’Etang-Neuf (juin-juillet 1944)

Cet itinéraire vous permettra de découvrir le site magnifique de l’Etang-Neuf. Situé au sud du bois des Grands Taillis, ce lieu avait été choisi par les responsables du réseau Jean-Marie Buckmaster pour implanter en juin 1944 un des plus gros maquis de la région.

 

Départ de la randonnée : voir le panneau situé sur la placette de l’église à Grandchamp (distance 8 km). Balisage de couleur jaune uniquement dans le sens de la progression.

 

 

 

 

Chemin 3. Le maquis de l’Etang-Sec ou de l’Ormery (juin 1944)

Cet itinéraire, qui emprunte une partie du GR 13, vous emmènera sur les traces du maquis FTP (Francs-tireurs et partisans) de l’Etang-Sec (ou de l’Ormery). Venant de la forêt d’Othe, les maquisards, après une halte de quelques jours, devaient rejoindre le sud du département pour y former une compagnie FTP. Leur installation dans la forêt des Morisois était donc temporaire. Mais le 25 juin 1944, les maquisards furent surpris par une attaque allemande. 

 

Départ de la randonnée : voir le panneau situé à proximité de la mairie de la Ferté-Loupière. Balisage de couleur jaune uniquement dans le sens de la progression (distance 12 km).

 

 

 

Chemin 4. Le parachutage du Four à Chaux (22/23 juillet 1943) 

Cet itinéraire vous conduira sur le lieu exact d’un des premiers parachutages de l’Yonne. Réceptionné par le groupe du résistant aillantais Pierre Argoud qui dépendait du réseau Jean-Marie Buckmaster, ce parachutage de juillet 1943 a permis d’armer une résistance locale qui n’était alors qu’embryonnaire.

 

Départ de la randonnée : voir le panneau situé au centre de Chassy. Balisage de couleur jaune uniquement dans le sens de la progression (distance 21 km).

 

 

Chemin 5.  Le maquis de Merry-Vaux (août 1944)

Cet itinéraire vous emmènera sur le site de la Fontaine Joubert, clairière splendide en forêt de Merry-Vaux. C’est ici qu’a été implanté le Maquis 2 dépendant du Service National Maquis.

 

Départ de la randonnée : voir le panneau situé aux Placeaux, commune de Saint-Aubin-Château-Neuf. Balisage de couleur jaune uniquement dans le sens de la progression (distance 10 km).

 

 

Chemin 6.  Les stèles d’Aillant à Bleury 

Cet itinéraire relie un certain nombre de plaques et stèles commémoratives rappelant des évènements s’étant déroulés dans les environs d’Aillant-sur-Tholon (Bleury, Saint-Maurice Thizouaille et Chassy) durant l’été 1944.

Départ de la randonnée : place Michel Muzard à Aillant-sur-Tholon. Balisage de couleur jaune uniquement dans le sens de la progression (distance de 16 km).

 

A noter que tous les dépliants sont disponibles dans les offices du tourisme d’Aillant-sur-Tholon et de Charny et également consultables sur notre site arory.com.

 

 

Illustration carte générale, un panneau.

 

 

 

Annexe 2.  Descriptif des  3 chemins en forêt d’Othe qui ont pour thème : « Sur les pas des maquis Bourgogne ». Ils sont balisés dans un seul sens et de couleurs différentes.

 

Chemin 1. Circuit des deux maquis.

C’est un circuit de 20 km qui peut s’effectuer au départ de Dixmont ou au départ des Bordes. Il passe sur les emplacements successifs des deux maquis, sur les lieux des combats et d’un parachutage. On y trouve un panneau au départ et huit panneaux sur le circuit.

 

Chemin 2. Circuit de l’attaque du 3 août 1944.

C’est un circuit de 9 km au départ des Bordes qui conduit sur l’emplacement de l’attaque du maquis du Service National Maquis le 3 août 1944, mais aussi sur d’autres sites historiques.

 

Chemin 3. Circuit de l’attaque du 15 mai 1944

C’est un circuit de 7 km au départ de Dixmont qui conduit sur le lieu de l’attaque du maquis FTP Bourgogne le 15 mai 1944, mais aussi sur celui d’un parachutage en août 1944.

 

L’échelle et la  qualité de reproduction de la carte IGN qui se trouve sur le dépliant et sur laquelle ont été tracés les sentiers, permet au randonneur de composer aussi son propre circuit de randonnée en empruntant tout ou partie des trois circuits balisés.

Le dépliant est disponible dans les offices du tourisme de Sens, de Villeneuve-sur-Yonne et du pays d’Othe, et consultable sur notre site arory.com.

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